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lunes, septiembre 07, 2026

Un Jour Un Jour




Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime


Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue


Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche


Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages


Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché


Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche


Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles


Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou


Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche









Dawn : Odd Nerdrum









Louis Aragon



martes, septiembre 01, 2026

Classe17




C'était un temps de solitude Ô long carême des études
Où tout à son signe est réduit
Aux constellations la nuit
La vie affaire de mémoire
De chiffres blancs au tableau noir
Et lorsqu'on mourait à
Vimy
Moi j'apprenais l'anatomie


J'avais l'homme abstrait pour domaine
Or les récits des
Théramène
Fallait-il deux fois qu'on les tue
Transformaient les morts en statues
De toujours les grands mots m'irritent
Et ces millions d'Hippolyte
Ils étaient sur les chars et moi
J'avais quatre-vingt francs par mois


Pardonnez-moi cette amertume
Mais l'âge d'aimer quand nous l'eûmes
Comme le regain sous la faux
Tout y sonnait mortel et faux
Et qu'opposer sinon nos songes
Au pas triomphant du mensonge
Nous qui n'avions pour horizon
Qu'hypocrisie et trahison


La guerre on la voit à l'envers
Et vienne le troisième hiver
Petit verre des condamnés
Est-ce que c'est pour cette année
Le ciel déjà prend goût de terre
Puisqu'on est des morts sursitaires


Tous les calculs que nous ferons
Auront une balle en plein front


Comment croire ce qu'on enseigne
J'ai touché pourtant ce qui saigne
J'ai u frémir j'ai dû fermer
De mes doigts des yeux bien-aimés
D'autres les ont à la taverne
J'eus moi mes vingt ans en caserne
Enfant maigre habillé de bleu
Rêvant beaucoup et. mangeant peu


C'était le
Paris de l'An
Mille


Adieu ma vie adieu ma ville


Pont
Alexandre pâle et beau


Le soir comme un vers de
Rimbaud


Ma tour au loin qui semble un air


Renouvelé d'Apollinaire


Se peut-il que je vous oublie


O palefreniers de
Marly


J'ai laissé mon cœur à la traîne
Dans les bosquets du
Cours-la-Reine
Je ne vous reverrai jamais
Fleurir marronniers que j'aimais
Je pars et je vous abandonne
Longs quais de pierre sans personne
Veillant sur le fleuve profond
Où les désespérés s'en vont


Il paraît que je pars me battre
Adieu
Paris mon grand théâtre
Adieu viaduc de
Passy
Adieu tout ce qu'on voit d'ici
Les deux rives fuyant à l'amble
Ce qui se cache et ce qui tremble
Les jardins du
Trocadéro
Et le ver luisant du métro


Le temps vient des métamorphoses
J'ai quitté la beauté des choses


Et dans le train qui s'éloignait
Ma plaque de fer au poignet
J'entendais d'abord creux et sourd
Croître le bruit des canons lourds
Et le wagon vers les armées
Portait des chants et des fumées


Voici la région des tirs
Voici la roue et le martyre
Le fer y tombe des nuées
Y vivre a pour règle tuer
Entends l'approche des marmites
Sous le crépuscule des mythes
Dans cette terre déchirée
Le cri de la chair labourée


Tes yeux ta lèvre ta narine
L'intérieur de ta poitrine
L'air même y viendra les ronger
Tu respireras le danger
Alerte alerte aux gaz
Arrache le masque des phrases
Et sous les velours des idées
Montre ta face défardée













La Mort d'Hippolyte : Joseph Desire Court












Louis Aragon